Pendant des années, j’ai entendu la même phrase.
« Quand je serai à la retraite, je profiterai enfin de la vie. »
Cette idée est profondément ancrée dans notre société. On travaille pendant des décennies en espérant qu’un jour, lorsque toutes les obligations seront derrière nous, nous aurons enfin le temps de vivre.
Mais une question m’a longtemps interpellé : et si ce jour n’arrivait jamais ?
Personne ne connaît l’avenir. Alors pourquoi repousser systématiquement ses rêves, ses projets, ou simplement son envie de profiter davantage de la vie ?
Je ne parle pas ici d’un concept que j’ai lu quelque part. Je parle de ce que j’ai vécu, concrètement, pendant huit ou neuf ans.
Huit ans à tester ce mode de vie
Déjà avant de remettre mon activité bancaire, j’avais commencé à partir une semaine par mois. Une fois la transmission faite, j’ai structuré les choses différemment : trois semaines de travail en Belgique, une semaine dans les Pouilles, en Italie.
Cette semaine n’a jamais été une semaine de vacances. C’est d’ailleurs l’Italie qui m’a donné l’occasion de créer une deuxième entreprise, distincte de mes activités en Belgique. Quand je pars, je continue donc à travailler, mais pour cette société-là, à un rythme différent. Un rythme qui me permet de profiter de la dolce vita tout en avançant sur mes projets, ce que la Belgique ne m’a jamais permis de faire de la même façon.
Une pause, pas un abandon
Je serais malhonnête si je te disais que ce rythme tourne parfaitement en ce moment. Depuis deux ou trois mois, je fais face à une charge de travail plus lourde, liée à une réorganisation, et j’ai eu plus de mal à partir. Je suis en train de remettre les pièces en place pour reprendre ce mode de vie dès la fin septembre. Je le précise parce que ce texte n’est pas une promesse marketing figée dans le temps : c’est un mode de vie qu’on construit, qu’on perd parfois un peu, et qu’on reconstruit.
Ce que ces huit ou neuf années m’ont appris, c’est qu’il est possible de construire une activité professionnelle au service de sa vie, plutôt qu’une vie entièrement consacrée à son activité professionnelle. Cela ne s’improvise pas et cela ne se met pas en place du jour au lendemain. Cela demande de déléguer, de mieux gérer son temps, de faire des choix difficiles, et d’accepter de dire non.
Une raison plus froide de ne pas attendre
Il y a aussi une raison plus froide de ne pas attendre. La réforme des pensions belges a été définitivement approuvée, avec de nouvelles règles applicables dès 2027 : l’âge légal grimpe à 67 ans en 2030, et un système de bonus-malus va conditionner le montant final. Plus de la moitié des Belges s’attendent à voir leur pension légale diminuer dans les dix prochaines années, et le Conseil de l’Égalité des Chances estime que l’écart de pension entre hommes et femmes va lui aussi se creuser. Je ne dis pas cela pour faire peur. Je dis simplement qu’attendre un système qui s’annonce déjà moins généreux, pour enfin commencer à vivre, me paraît être un pari risqué.
Vers un accompagnement différent
C’est aussi pour cela que je réfléchis aujourd’hui à accompagner d’autres entrepreneurs qui veulent ce mode de vie, pas nécessairement dans les Pouilles, peut-être aux Canaries, à Tenerife, ou ailleurs. Ce qui me différencierait des programmes d’accompagnement classiques, presque tous focalisés uniquement sur le résultat, c’est que je veux travailler les deux en même temps : le résultat, parce que c’est lui qui rend cette semaine possible, et la qualité de vie, parce que c’est elle qui donne un sens au résultat.
Travailler, pour moi, c’est rester vivant
Pour ma part, je sais que je n’arrêterai jamais complètement de travailler. Je ralentirai sans doute à un moment donné, mais travailler, pour moi, c’est se maintenir en vie. Ce n’est évidemment pas vrai pour tout le monde, et je ne prétends pas détenir une vérité universelle. Mais je suis convaincu d’une chose que chacun devrait au moins se demander :
Est-ce que l’entreprise que je construis aujourd’hui me rapproche réellement de la vie que j’ai envie de vivre ?
La véritable réussite ne consiste peut-être pas seulement à développer son entreprise. Elle consiste aussi à construire une vie que l’on a réellement plaisir à vivre, ici et maintenant.
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